Les grandes étendues d’eau ont cette propriété de refléter à la perfection l’environnement alentour, mais il suffit que le vent ou un objet en effleure la surface pour que le reflet se brise, se ride.
Ce qui n’était apparemment qu’une surface devient alors potentiellement un contenant, capable de se déformer pour accueillir un autre volume. Ce qui renvoyait l’image la contient maintenant. Une fois le corps étranger intégré à la masse, l’eau reprend son aspect lisse en surface et se comporte à nouveau en miroir, ne laissant rien paraître de ce qu’elle pourrait cacher en son sein.
Cette capacité à refléter et à contenir, je la transpose aux bassins, comme celui de Bill Viola où la plasticité du temps reflète celle de l’eau. Dans la vidéo Reflecting pool, un corps apparaît puis se fige, l’eau continue de clapoter. Le corps se fond progressivement dans le paysage en même temps que la surface de l’eau retrouve son aspect lisse. A un moment, ce même corps surgit du bassin alors qu’on ne l’avait pas vu y entrer. C’est de cette métaphore dont il s’agît, celle du voyage à travers le miroir, de l’introspection, celle d’une réalité infidèle qui dédouble le monde pour mieux l’engloutir.